lundi 22 juin 2009

joyeuse vie vide

Encore moi dans l'absurdité du quotidien. Étant, puisqu'il le faut bien.
Parcelles de grossières indécences d'une banalité désarmante, riz aux tomates séchées sur le bord du comptoir. J'écharpille le temps comme je le peux.
Faudrait que je m'emporte et que je me tire dans le Saint-Laurent, faudrait que je pleure comme un bébé dans tes bras en ne laissant aucun cri à l'intérieur, fraudrait que je m'étende deux minutes.
Là.
J'aurais besoin de tracer un grand cercle par terre et de le remplir d'êtres humains. J'aurais besoin d'une craie.
Ou d'une canisse de peinture en spray.

jeudi 14 mai 2009

au clair de la lune, mon ami Pierrot


D'abord, j'ai pas d'ami Pierrot. Ensuite, «prête-moi ta plume pour écrire un mot, ma chandelle est morte, je n'ai plus de feu...» et tout le tralala je trouve ça franchement joli.
*

jeudi 7 mai 2009

adulescence

Une fois au pit de sable en arrière de l'ancienne piste d'aviation, les beaux gars du cégep m'avaient chanté bonne fête suivi de la comptine tibus, pis moi j'avais pris une mini gorgée de ma bière quand c'était le temps de montrer qu'à quinze ans on est grand et qu'on peut descendre 473 millilitres de houblon dans le temps de le dire. Au lieu de trinquer en hurlant «elle est des nôtres, elle a bu son verre comme les autres», ils m'ont hué «elle boit comme une fourmi» et c'était clair que Karine Gagnon me torchait haut la main dans leur estime. J'aurais donné n'importe quoi pour avoir un litre de vodka-jus d'orange, parce que ça, c'est facile à caler. Je me crissais tu pas de mon heure de rentrée, je me rappelais même plus que j'avais des parents.

lundi 27 avril 2009

toquades

émeute à deux/révolte des corps/ deux anarchistes/ fake pas/ montre-moi combien tu m'aimes/ combien fort/ emboîte tes pas dans mes traces/ puis dors en paix, enfin/
le brûle-gueule m'attend en bas/ je roussirai le stupéfiant/ fidèle au rituel/ manie trouble-nuit/
singulière dans ma démence-boucane/ libre-penseuse/ je suis/ je pense/ j'écris/
pluie-adverbe/ averses-vocables/
je ne sais pas orthographier les onomatopées/ où le H va/
avant/après la voyelle/
étrange musique jamais entendue/ émotive chronique/ je pleure/
toute seule dans mon salon/
scénarios de concubins déjà endommagés/ déjà venus/ pu bons/ déjà/
et scénarios quand même/
*
radotages d'une entêtée/ ragots égocentriques/
son coeur/ ses intestins/ son vagin/
les mains des soupirants dissous/ appuyées contre son ventre/ le leur/
ses seins-géants/ pendants d'elle/
corps possédé/ cage-femelle/ au profit dépravé/

dimanche 26 avril 2009

aura

croyez-vous à ça, vous autres/ le firmament/ l'astrologie/ la météo/ les avions/ les oiseaux/ toutes les affaires du ciel/
je suis gémeaux ascendant gémeaux/ toute qu'une destinée en ébullition/
mettons qu'on y croyait/ mettons que c'était vrai/
admettons que ce soit évident/
en analogie avec Mercure/ mon maître/ Mercure
tourbillon d'air/ premier signe mutable/
comme si la galaxie avait orchestrée une chorégraphie du tonnerre/
un tango contemporain/ danse des astres désaxés/ à ma naissance/
*

jeudi 23 avril 2009

vacarme

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Le maelström arrive en trombe chez celui qui s'en attend le moins.
Tout le village est assourdi par un bruit lourd comme un camion de fonte, un grognement lointain qui s'approche, de la taule froissée. Les enfants pleurent, les femmes crient et les hommes hurlent. Les chiens s'excitent, grognent et aboient, enragés au bout de leurs laisses. Dans un résonnement inoui, les déflagrations de bateaux de guerre. Puis tous se turent. Les visages blancs des hommes tournèrent au vert de stupéfaction, les femmes stagnèrent de frayeur. On envoya les marmots à la cave, les chiens coururent se cacher. On souffla toutes les bougies, on s'arma comme on le put.
*

mercredi 22 avril 2009

je ne suis la princesse de personne

Tout est encrassé de toi, le grand désordre de ma petite vie. Tout s'est éteint et me voilà brûlante. Rien du tout n'existe encore, rien encore n'a existé. Je ne souffre pas de l'amnésie, se couper le doigt avec une feuille de papier est plus douloureux.
*
Tout. Tout de toi m'égorge.
Combien de fois l'ai-je dit.
*
Je-m'en-foutisme au cube fois mille, ton nom rimerait avec tellement de mots.

mardi 21 avril 2009

égouttures de mes doigts

Amourette pas tuable/
Badineries cycliques/
Les bois m'invitent/
Rappliquent mes souches/
Je suis fille du nord/ fille du fleuve/
Blanche autochtone/
Je pagaye dans mon canot d'écorce/
Je suis d'une race brouillonne/
Mes fleurons sourdrent/ même après tout ce temps/
Des fois j'écoute de la musique pas belle et je trouve ça beau/
Des fois je me demande ce que je vais faire de moi/
Il fût un temps où la redbull-vodka faisait son effet/
Époque à bulles révolue/
Névroses voilées/
Je ne me possède pas/
J'appartiens à une organisation véreuse/
Qu'advient-il des jouvencelles déjà blasées/
Rassasiées à un si jeune âge/
Que fait-on de leurs carcasses/
J'enrage encore/
Je m'emporte après m'être avachi/
Ruminer cancéreusement la déconfiture/
Je ne connais pas le nombre d'estomacs qu'il faut pour digérer tout ça/

Eugène Tibbo

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claustrophobe pris par en dedans
pique une crise de panique interne
dit aux organes: «obéissez»
demande au coeur d'arrêter
corps-lieu clos, puis-je être relâché?
enterrez-moi au pied d'un arbre mort
fumez une pipée de tabac mélangé de haschisch
dites: «on va s'ennuyer de toi, Eugène Tibbo»
servez-vous un verre et buvez-en donc un à mon âme
levez vos bras et cognez vos chopes
N'échappez pas une goutte, ne versez pas une larme
ne pleurez pas Eugène Tibbo
je serai libre de cette cage thoracique
qui vous comprime la respiration
qui vous rend statique
emmailloté par la peau et les os.

mercredi 15 avril 2009

moi, j'aurais pleuré

Foutus hommes
"blancs comme neige"
ben oui-ben oui
[pis moi je me suis jamais fait enculer]
[[[[[[[[[[0]]]]]]]]]]
Flavie s'énerve, ses joues sont rougies d'émoi. Hon, la belle Flavie est contrariée. Je parie qu'il la trouve davantage jolie lorsqu'elle se fâche. Liam la regarde. Il sourit de la bouche avec les dents, ses dents sourient elles aussi. Et ses yeux rient, pleurent de rire, plissés au dessus de ses pommettes crampées. La face entière de Liam rit, même son corps se marre, il sursaute des épaules et tous ses muscles abdominaux se contractent en spasmes saccadés. Il fait des bonds vers l'avant. Flavie est manifestement irritée, on dirait même qu'elle a un début d'urticaire qui lui grimpe le cou. J'avais jamais remarqué ses grosses pupilles noires avant, j'en suis tétanisée d'épouvante. Elle n'est peut-être pas si gentille qu'elle le laisse croire, après-tout.
Liam continue ses contorsions faciales, son nez se trouve à deux centimètres de celui de Flavie qui est à des rondes d'avoir envie de rire. Si ça se trouve, elle se retient pour de pas pleurer. Elle a un regard polaire qui glace absolument tout autour, plus personne n'ose bouger. Plus personne, sauf Liam et ses simagrées, qui ambitionnent sur la grimace, qui poussent l'arrogance au-delà des limites acceptables, le front accoté contre le front de Flavie. Elle est immobile et persiste avec ce regard quiète, semi-méprisant.
- Mais décrisse donc, Flave. Va donc faire ton ostie de crise de folle ailleurs. Tu vois pas que je ris de toi? Tu vois pas que je veux rire pis que je peux pas parce que t'es là avec ton fuckin' regard? Là Flave, tu vas prendre ton coat pis ta sacoche, pis tu vas prendre un taxi jusqu'à mon appart. Tu vas demander au chauffeur de t'attendre, tu vas monter ramasser toutes tes ostie de cochonneries, tu vas mettre ça dans le tax, tu vas mettre ma clé dans boite à malle, pis après tu vas où tu veux, je m'en torche le cul. Ok, check, 50$ pis tu me dois pu rien, oublie tout ce que tu me dois, tu me l'dois pu. Feck, ciao ma grande tabarnack de vache, je veux pu a-rien savoir de toé, j'espère que tu comprends... Le téléphone, les courriels c'est no way, évidemment. Trouve-toi un autre coco à réprimer, trouve-toi d'autres couilles à extirper. Ce sera pas moi l'homme malheureux à tes côtés vingt-cinq ans durant, c'est câlissement pas vrai.
Flavie avait pas remué le petit doigt, elle savait pas quoi dire sans doute, elle devait s'attendre à mourir dans l'instant immédiat. Nous avions tous méticuleusement fermés nos gueules, nous étions pantois, fixés vers elle puisque lui n'y était plus. Nous étions certainement une quarantaine à avoir assisté à la l'esclandre, mais elle fit comme s'il n'y avait pas un chat, se pencha pour prendre son sac. Elle demanda qu'on lui appelle une voiture, ce que la fille du bar fît empressement.
Flavie sortit attendre en regardant droit devant elle.

canard/cafard

mardi 14 avril 2009

pardon si ça vous choque, mais moi ça me débloque

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Je n'ai qu'un seul rêve, celui de m'affranchir.
Je suis captive de mes moindres tourments.
Avec moi vient le vacarme de l'oiseau égaré qui percute la fenêtre en plein vol.
Oiseau de malheur,
défiguré & déconfit.
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Gloire à celui qui remportera la guerre intestine,
le conflit jovial, la coite guérilla, l'hostilité hypocrite.
Car il aura su triompher des attaques morales soutenues de la contrepartie.
Lorsque l'affront vexe, il vaut mieux fléchir un peu les genoux.
La fierté comme les plumes à balayer sur le plancher,
l'oiseau est venu mourir sur mon châssis.
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Gâcheur de la paix, grand prêtre de l'outrecuidance, vieux sage analphabète.
Instigation à l'acte illicite.
"Tu ne m'auras point cette fois-ci, druide."
De retour au bercail, nous ne sommes qu'agneaux.
Rien au frigo,
ma vie est avariée.

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Jardin bouetteux fragrant,
humus de feuilles, de clopes, de caps de bières, d'eau rouillie.
Jardin de tétanos.
Odeur de merde d'itinérant, fumet puant de la peuplade,
effluves de dessous de bras, de résine sur les doigts.
Ici, c'est pas beau dehors quand y fait beau.
Parce qu'avec le soleil, ils s'extirpent de leurs trous.

*
Le gars aux cheveux longs qui se tient tout le temps au coin de St-Joseph et du Pont, ben drette avec ses bottes à cap déglinguées pis son t-shirt manches longues en filet noir, déchiré en V du col jusqu'au nombril. Quand il fait froid, il met une chemise à carreaux par dessus, ouverte.
L'été, il passe son temps au coin de la rue en bedaine en fumant des cigarettes. Il va finir par crever d'un cancer de la peau, que je me dis.
Lui, il est là de mars à décembre, toujours tout seul. En janvier-février, je ne sais pas où il va. C'en est qu'un parmi tous ces gens qui sont plantés là du matin au soir, je sais, mais c'en est un spécial. C'est mon clochard préféré. Il n'est peut-être pas clochard, mais une chose est sûre, c'est qu'il est errant. Je pense qu'inconsciemment, je veux m'entretenir avec des corps errants afin qu'ils m'aident à trouver mon propre chemin. Je suis tellement bancale, j'ai comme les chevilles cassées, rien n'avance à rien. Ma destinée m'est étrangère, mes aspirations sont inconscientes, mon estie d'existence occulte ne mène à rien de bon. Je veux savoir qui je suis et de quoi je suis capable, je veux m'envoler, ciboire.
Ils sont tellement beaux mes rêves de petite fille, vous savez. Illusoires à souhait. Ils se sont essoufflés d'eux-même lorsque j'étais âgée de 16 ans et que j'avais la tête ailleurs, sans doute en train de suçer Simon dans le parking du Buffet des Continents.
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lundi 13 avril 2009

chuintements du nourrisson

[contes flagrants d'une chipie véreuse vivant au centre ville]
*vagissements à minuit moins le quart.
Les tracas du frauduleux,
l'aria de son insomnie,
les désagréments du gain.
Le bruit.
*
-Ce gars-là violerait sa propre mère.
-On dit 'volerait sa propre mère'.
-Ben lui, sa mère, non seulement il la volerait, mais il la violerait avec plaisir.
-C'est dégueulasse.
-Ça dépend du point de vue.
Quand tu passes ton temps à fourrer le monde à tour de bras, tu deviens insensible à ça. Ta mère, dans le fond, c'est moins sale que n'importe quelle salope que tu pognes sur le coin de la rue.
*
[Assez de cette concupiscence insalubre.]
*
Il y a des années que je n'ai pas dormi tout le jour dans un hamac.
Damnée mythomane que je suis, pardonnez mon écart; je n'ai jamais dormi tout le jour dans un hamac de ma vie.
Pour tout vous dire et en toute honnêteté, je ne possède pas de hamac.
Point à la ligne,
je divague
.

mercredi 8 avril 2009

épaule bovine exotique et diuritique

-Parfait refuge sauvage à notre manière, on peut encore discuter du coin de pays, bien sûr. Nous sommes si jeunes encore et tantôt ne nous effraie guère. N'est-ce-pas Albert, mon coquelicot? Je suis excitée comme une puce juste à l'idée de voir Sandrine jouer du piano au salon, je n'en peux plus du silence de cette maison. Ha et puisque j'y pense, mettrais-tu cette plaque de lardons au four pour moi je te prie?
Atonique, Albert se leva, prit la plaque et la flanqua au four.
-Autre chose pour toi, peut-être? dit-il en enfonçant ses mains dans les poches de sa veste.
-Je ne sais pas, répondit-elle absorbée. Elle s'affairait à insérer des morceaux d'ananas dans une gigantesque épaule de boeuf.
Je veux simplement que tout soit inoubliable.
Un jour plus tôt, Albert avait osé lui dire: 'mon amour, ne crois-tu pas qu'il faut plutôt cuire un jambon avec l'ananas?' Sa tendre moitié l'avait regardé en souriant, à la manière d'une éducatrice spécialisée devant son jeune patient qui aurait commis une bévue craquante, puis lui avait caressé l'oreille en murmurant: 'mais non, mon chou. C'est du boeuf à l'ananas.' Mais Albert insistait, contre toute attente: 't'es sûre, parce que du jambon ou du poulet à l'ananas, je veux bien, mais le boeuf à l'ananas, ma chérie... Le boeuf à l'ananas, j'en n'ai jamais entendu parler.' Elle parût un tantinet choquée, pinça un peu plus les lèvres, marcha jusqu'au fourneau puis se retourna vers Albert en riant. 'Qu'importe, tu mangeras ce qu'il y aura à table. Tu m'entends?'
-Bien évidemment, ma chère. Bien évidemment, avait répété Albert.

mardi 7 avril 2009

sept d'avril

j'aurais aimé être cette femme.
Buk
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- Présentement, je bois du lait de soya biologique au chocolat dans un coupe. J'ai mis PJ Harvey dans le lecteur dvd parce que mon système de son est brisé. J'essaie de ne pas penser au fait que je me suis fait faire des mèches et que c'est peut-être laid. J'essaie de faire le vide.
C'est difficile de faire complètement le vide quand on a continuellement quelque chose à se reprocher. Moi, je suis comme ça.
-- J'ai encore envie d'une coupe de lait de soya biologique au chocolat. Pour souper j'ai mangé une soupe aux légumes desséchés Knor, mais j'avais ajouté une canne de maïs et une poignée d'orzo. J'ai fait griller deux tranches de pain au fromage avec ça. J'avais jamais mangé ça ensemble, de la soupe aux légumes pis des toasts au fromage.
--- J'avais reçu une crème pour le corps au beurre d'amande de la part d'une ancienne belle-mère que j'aimais bien. Après le bain, au moment où je je m'appliquais à étaler l'hydratant corporel en question, je songeai: pourquoi diable ai-je flanqué aux ordures tout objet contondant relié de près ou de loin à ce garçon alors que je m'enduit allègrement de ce produit qui m'ait été offert par sa propre mère? Je me dit qu'il s'agissait d'une très bonne crème et qu'il s'avère qu'elle sente bon le bonbon cerise-amande sucrée.
---- J'aime la PJ Harvey du début des années 90. Quand j'écoute ça dans mon salon, je me sens terriblement rock and roll/grunge/garage. Rebelle en robe de chambre. Faut pas que l'anarchie aille trop loin dans ma zone de confort, vous comprenez, je suis douillette. C'est tu normal de pas être réactionnaire à 24 ans?